On doit parler de trois approches dans la philosophie Epicurienne: La Physique,
La Canonique et L'Ethique.
Mais je me limiterai à L'Ethique qui pour moi, me semble la plus intéressante.
Cette partie de la philosophie d’Epicure nous enseigne comment accéder à la sagesse, qui est le vrai bonheur que représente une vie fondée sur le plaisir.
L’épicurisme est également un hédonisme, c’est-à-dire une morale du plaisir, et c’est cet aspect qui l’a fait connaître et condamner.
Il y a plaisir et plaisir !
Epicure entendait par plaisir, essentiellement les plaisirs corporels, ceux de la chair, du ventre.
Mais il ne s’agit pas pour autant de plaisirs grossiers ou vulgaires, de débauche…
Bien au contraire, le plaisir, essentiellement corporel, est celui qui est conséquent avec la philosophie atomiste ; celle-ci postule en effet que tout ce qui doit exister dans la plénitude de son être pour peu que rien ne vienne le troubler ; lorsque rien ne manque au corps, qu’il possède tout ce qui lui est nécessaire, il peut dès lors jouir d’un plaisir stable, et qui est l’expression de l’équilibre des atomes qui le compose.
Aussi faut-il viser à l’absence de troubles en nous. L’ataraxie nous donne la paix de l’âme en supprimant les craintes et l’agitation des désirs.
La recherche du plaisir comme absence de douleur ne doit pas donc être entendue négativement, comme quelque chose que l’on retranche à ce qui est, mais positivement, comme ce qui traduit un équilibre corporel qui nous fait vivre en harmonie avec nous-mêmes aussi bien qu’avec la nature.
Tout plaisir est, par essence, physique, naturel, et ceux de l’âme n’en sont que des variétés ; celle-ci est capable, grâce aux sensations, d’anticipation et de délibération, elle nous permet de choisir parmi les plaisirs ceux qui excluent toute souffrance à venir, car aucun plaisir n’est en soi un mal, mais les effets de certains plaisirs apportent avec eux de nombreux troubles plus intenses que les plaisirs qui les ont causés.
Nous pouvons donc atteindre le bonheur, mais à condition de ne pas rechercher n’importe quels plaisirs et de nous livrer à un calcul permettant de prendre en compte seulement ceux qui nous rendent véritablement heureux.
Pour cela, il faut distinguer les plaisirs qui sont naturels et nécessaires, comme manger ou boire, de ceux qui, pour être naturels, n’en sont pas pour autant nécessaires, comme manger une nourriture raffinée.
Quant aux plaisirs qui ne sont ni naturels, ni nécessaires, comme la recherche du pouvoir, des honneurs, ou des richesses, ils proviennent de l’ignorance, de l’opinion creuse et ne peuvent amener aucune vie stable et équilibrée.
Seule la première sorte de plaisirs, ceux qui sont naturels et nécessaires, doit être recherchée : c’est dire que la vie heureuse doit se fonder sur la modération des plaisirs, la recherche du juste milieu, tout excès entraînant invariablement en nous des déséquilibres qui rompent l’harmonie des atomes qui compose notre corps.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut toujours chercher à satisfaire nos désirs, ni qu’il faut fuir toutes les douleurs et toutes les souffrances ; c’est en essayant au contraire d’en surmonter certaines, grâce à l’intervention de la raison et de la volonté qui donnent leur adhésion ou non à telle ou telle inclination, que l’on peut éprouver aussi un plaisir qui n’en a alors que plus de valeur.
La douleur pouvant être surmontée, puisqu’elle est imputable principalement à notre manque de discernement, à notre mauvais jugement dû à notre ignorance des choses, la vie heureuse est possible grâce à la réalisation des plaisirs que l’on choisit.
Puissance de la pensée.
Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, remarque Epicure, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses.
Le philosophe raisonne généralement ainsi : la mort ne nous concerne pas, nous n’avons rien à faire avec elle puisque tant que nous sommes en vie, elle n’est pas là, et quand elle est là, nous n’y sommes plus : c’est littéralement elle ou nous….
Sage, mais seul à l’être !
On a, d’un point de vue chrétien, reproché son égoïsme à la morale d’Epicure. La tranquillité d’âme, très bien, mais qu’en est-il des autres ?
Lorsque Epicure nous dit que nous ne rencontrons jamais la mort et que, dès lors, nous sommes fous de la craindre, l’argument vaut pour sa mort personnelle.
Il vacille devant l’expérience du deuil.
C’est bien en effet, la mort de l’autre qui nous fait souffrir et non la nôtre, ni la mort en général, dans l’abstrait.
Le sage épicurien serait-il voué à une radicale solitude ? Non, si l’on considère le rôle central dévolu à l’amitié dans cette philosophie.
Aucun malheur ne peut atteindre celui qui n’est plus ; il ne diffère en rien de ce qu’il serait s’il n’était jamais né, puisque sa vie mortelle lui a été ravie par une mort immortelle.
Epicure.
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